POUR LA PETITE HISTOIRE

Son nom, sa forme et sa fabrication sont différents d’un pays à l’autre. En France, il s’appelle nougat de Montélimar ou de Provence, mais aussi touron catalan. En Espagne, il s’appelle turrón de Xixona ou d’Alicante, mais aussi d’Agramunt. Il est le plus diversifié en Italie : torrone, copeta, mandorlato ou cubbaita. Il s’appelle jabane au Maroc, qubbajt à Malte, mandolato en Grèce, gaz en Iran, etc.
De nombreuses légendes circulent sur les origines du nougat. En réalité, les premières recettes de nougat blanc proviennent d’un livre arabe de Bagdad au Xe siècle. Le nougat s’appelle alors nātif. L’une de ces recettes indique que le nātif est originaire d’Harran, une ville située entre Urfa au sud de la Turquie actuelle et Alep en Syrie actuelle. On trouve une seconde mention de ce nātif dans un triangle entre Urfa, Alep et Bagdad : à la fin du Xe siècle, le voyageur et géographe Mohammed Abul-Kassem ibn Hawqal dit avoir mangé du nātif à Manbij, ainsi qu’à Boukhara, en Ouzbékistan2.
On suit la trace du nougat, sous différents noms, en consultant les livres de cuisine qui ont été écrits entre le Xe et le XVIe siècle : XIe siècle à Bagdad, XIIIe siècle à Alep et dans al-Andalus (Andalousie), XIVe siècle au Caire et en Catalogne où il s’appelle torron. Le touron est un héritage des nougats andalous appelés ma’qud ou qubbayt. Le qubbayt est à l’origine des nougats italiens appelés cubbaita ou copeta. Quant au torrone italien, il est l’héritier du turrón catalan : l’Italie du sud a été possession du royaume d’Aragon pendant plusieurs siècles.
 En France, les amandiers sont cultivés en Provence depuis au moins le début du XIVe siècle, contrairement au mythe selon lequel Olivier de Serres les aurait introduits. Une confiserie appelée pinhonat, voisine du pinyonat catalan est commercialisée à Montauban au XIVe siècle. En 1555, Nostradamus propose, dans son livre des confitures, une recette de nougat blanc aux amandes appelé pignolat. Cette recette, reprise par Olivier de Serres et Lancelot de Casteau, est présentée par Nostradamus comme originaire d’Italie2.
 Nougat de Provence
Le mot nogat apparaît en Français en 1595 dans un livre de pharmacie et en 1607 dans un livre de diététique, Le Thresor de santé, tous deux publiés à Lyon. Il y est précisé que nogats et torrons sont confectionnés exclusivement en Provence et Languedoc. Le nougat s’appellera nogat jusqu’au début du XIXe siècle, de sa forme originelle en occitan, dérivation de noga signifiant « noix ».
Le nougat de Provence, y inclus le celui de Montélimar, est l’héritier des nougats arabe, catalan et italien. Le nougat de Montélimar est attesté depuis 1701. La tradition des treize desserts de Noël en Provence est attestée depuis le XVIIe siècle et le nougat y est présent avant la fin du XVIIe siècle.